LA CAMPAGNE N’A PAS LE MONOPOLE DE LA NATURE

, par Mireille

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LA CAMPAGNE N’A PAS LE MONOPOLE DE LA NATURE
Dans une autre vie, j’étais « chargée de voyages » ; je préparais les feuilles de routes de mes collaborateurs informaticiens. Je leur réservais leur avion, leur voiture, leur hôtel, en prenant plaisir à personnaliser leur halte du soir dans les endroits qui leur correspondaient le mieux. Je ne quittais mon bureau que pour aller aux salons des voyages.

Et puis l’air me manquait, alors je suis allée dans une école d’aménagement paysager pendant une année et je suis devenue jardinière en Auvergne ; je crée des potagers chez les gens, j’anime des activités dans les foyers logements, je sème des graines dans les écoles…
Je tends à travailler dans le respect du sol et de la biodiversité, tout en gardant l’œil aiguisé sur mon environnement.
Je parcours les routes de campagne pour rejoindre des coins de terre que je dessine, que je greline pour y faire pousser des légumes.
Je roule le long des routes de campagne, je prends souvent des photos parce que la lumière sur la nature est parfaite : une colline, des arbres en ombres chinoises sur le ciel, une ruine de pierre dans un champs...
Je mets aussi en lumière la nature qui me heurte : la terre éventrée par les labours, les haies arrachées, les arbres coupés, les ronds points aménagés sans goût, les fontaines sans eau débordantes de pensées, les jardins propres sans âme, les bâtiments agricoles de parpaings plantés là.

Le long de la route, il n’y a pas plus triste qu’un champs de betteraves alors que dans mes potagers, les rouges, les roses, les jaunes sont mélangées aux blettes de couleurs, à leurs pieds coure la mâche et les choux kale donnent de la hauteur.
Paysagiste de potagers, je suis la Potagiste.

Je n’aime pas voyager, partir, parce que tout ce qui se trouve à côté de moi me suffit, m’intéresse, me plaît. Pourtant, j’ai pris le train pour Paris !
J’ai osé sortir de ma zone de confort avec pour seule motivation,
le 1er salon de permaculture !

Je suis arrivée à la Grande Halle : du végétal, des graines, des fruits, des légumes, des lombrics composteurs, des savonnettes au lait d’ânesse...Et des conférences sur le bien-être au potager, sur le maraîchage intensif bienveillant, sur les phytosanitaires en voie de disparition !
Je me suis sentie confortée dans mes choix de vie et de pratiques, j’ai adoré l’euphorie des rencontres, des discussions improvisées et passionnées dans les allées, faire la groupie avec les « stars » des jardins et des champs.
J’ai eu besoin d’être dehors, encore….
J’ai eu besoin de prendre le temps de me perdre … et d’arriver à la Coulée Verte !
Cette promenade aménagée sur une ancienne ligne de chemin de fer est un formidable jardin et un parcours piéton à la découverte du 12 e arrondissement de Paris.

Je suis au dessus du trafic urbain !
Là, en pleine ville, dans un endroit improbable, des jardiniers ont créé un paysage qui fait voyager.
Je découvre tout le long du chemin une multitude d’essences végétales respectée, avec le goût du recyclage pour la couverture de sol, des tailles raisonnées, une biodiversité installée avec des oiseaux, des souris qui adorent le paillage, et lorsque j’élargis mon champ de vision, en arrière plan, il y a les grandes et anciennes façades du quartier... la photo est pleine de contrastes !

Je suis venue à un salon tout acquis à ma vocation, et comme si j’avais éclaté ma bulle, j’ai sillonné la ville en métro comme un vers de terre puis effectué une traversée vers un monde qui me fait regarder le paysage autrement : comme un prisme, une concentration des détails du vivant ! Les graines germent où bon leur semble, je l’avais oublié.

La ville fourmille de créativité, rien n’y est banal si on pense à regarder.
La campagne n’a pas le monopole de la nature.

Dans le train du retour, j’ai pris soins de regarder les paysages défiler avec ce je ne sais quoi du truc en plus : avoir la certitude que depuis toujours, la source de mes envies de nature naît de l’endroit où je ne veux pas être, la ville.
Il m’est nécessaire de prendre ce temps ailleurs pour y vivre le contraste.
D’instinct, je suis allée vers le beau, je suis allée à Paris et cela avait du sens.
Mireille,
Auvergne
Janvier 2020